Un morceau d'histoire de la métallurgie dans l'Orne
De novembre 1986 à janvier 1987, les Archives Départementales de l'Orne avaient organisé une exposition et édité une brochure sur l'histoire de la métallurgie dans l'Orne. Les principaux extraits du texte d'introduction sont présentés ci-après. A l'image de la plupart des régions françaises, la Basse-Normandie devait connaître, au moins jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle, une importante activité métallurgique dont l'actuel département de l'Orne fut le pôle principal. L'archéologie, les sources écrites et iconographiques ont permis d'en souligner l'ancienneté et d'en préciser les techniques : en l'état actuel de nos connaissances, les traces les plus anciennes du travail des métaux sont attestées dès 1800 avant J.C. avec la présence d'objets en cuivre dans une tombe à Loucé, près d'Ecouché. Le fer n'apparaît que beaucoup plus tard, au VIIIe siècle avant J.C., mais l'exploitation des nombreux gisements et affleurements de minerai fera de la métallurgie du fer, dès la période romaine, l'une des principales activités artisanales dont témoignent, à défaut de vestiges, quantité de toponymes.

Les techniques de production se limitèrent longtemps à l'utilisation de fourneaux de petites dimensions (environ 1,50 m à 2 m de haut et 0,40 m de large) dans lesquels on déversait alternativement, par le sommet, charbon de bois et minerai. Des soufflets, animés par la main de l'homme ou l'énergie animale, activaient la combustion au terme de laquelle on recueillait, à la base du four, une masse de fer visqueuse épurée ensuite par martelage, d'abord à la main puis, à partir du Xllème siècle, au moyen de marteaux hydrauliques.

A cette méthode, dite du "procédé direct", fut opposée au XVème siècle une technique révolutionnaire, proposant une métallurgie en deux temps : d'une part la transformation du minerai de fer en fonte dans un haut-fourneau équipé de soufflets hydrauliques, d'autre part l'affinage de la fonte en fer dans un atelier annexe, la forge. Cette méthode ou "procédé indirect" exigeant une force hydraulique importante et régulière et de grandes quantités de bois se mit en place au cours de la première moitié du XVème siècle en principauté de Liège et, de là, se diffusa dans le royaume de France.

Dans le département de l'Orne, l'application du procédé indirect eut d'abord lieu dans le Perche, vers 1478-1480, à Longny, Marchainville, Moulicent, Boissy-Maugis, Maison-Maugis, Randonnai. Le transfert de cette nouvelle technologie se poursuivit ensuite en direction du Pays d'Ouche (forges de Saint-Evroult et d'Aube, attestées en 1498 et 1509), puis vers les régions d'Alençon et de Carrouges (forges de la Lacelle et de Carrouges vers 1530 et 1555, forges de la Roche Mabile) et enfin vers le bocage (forges de Halouze, forges de Sept-Forges et de Beauchêne attestées en 1540 et 1557, forges de Varenne à Champsecret). L'ensemble de ces établissements métallurgiques avait été construit par des seigneurs locaux, en bordure de leurs bois. D'autres se créeront au XVIlème siècle à l'initiative, pour la plupart, de princes apanagistes ou d'engagistes et dans le souci de mettre en valeur les bois royaux ( la Frette à Saint-Victor-de-Réno, la Sauvagère, Bagnoles); ils succédèrent aux établissements de la "première génération", bon nombre d'entre-eux ayant cessé de fonctionner dans les dernières années du XVlème siècle (la Lacelle, Beauchêne, le Châtellier, Boissy-Maugis, Maison-Maugis, Bretoncelles).

Dans les toutes premières années du XVIlème siècle, s'installèrent les fenderies. Mises au point en principauté de Liège, à la fin du XVlème siècle, elles permettaient de découper en barres les plaques de fer usinées à la forge. Dès lors un établissement métallurgique complet se devait de comprendre trois ateliers : le fourneau, la forge ou affinerie et la fenderie, réunis sur un même site (Varenne à Champsecret) ou dispersés (Aube), Autour de ces centres de production se dressaient halles à charbon, bâtiments ou aires de stockage, maisons de maître et logements ouvriers, chapelle

Vers 1875, les dernières forges encore en activité cesseront définitivement de fonctionner à l'exception de la forge d'Aube, affectée depuis 1850 au travail du cuivre. Une vingtaine d'années plus tard, le département de l'Orne devait devenir à nouveau un important centre métallurgique avec l'exploitation des mines de fer du bocage : Halouze en 1884, la Ferrière-aux~Etangs en 1901 Ш Larchamp en 1903; il ne reste aujourd'hui de ces centres d'extraction que des vestiges de chevalement et de fours à griller.

L'exposition réalisée par le service éducatif des Archives de l'Orne ne prétend pas viser à l'exhausttvité ni à la rigueur d'une étude scientifique approfondie. Destinée en priorité à l'information e à la réflexion des élèves des écoles, collèges et lycées, aidés de leurs maîtres, et d'une façon plus large, à ce qu'on appelle le grand public - prolongeant la remarquable présentation réalisée en 1984 sur la forge d'Aube en Pays d'Ouche (sous les auspices de l'Association pour la mise en valeur de la vieille forge) - cette exposition propose, en une centaine de documents, un tableau sommaire de l'une des structures essentielles de l'activité industrielle de notre département de la fin de l'Ancien régime au XIXème siècle.

Sans connaître jamais la concentration industrielle des ruches du Nord et de la région parisienne, stimulées par la présence des matières premières, des ressources énergétiques, des grands axes de communication et d'une forte démographie, l'Orne a cependant connu une constante activité industrielle, entre la dispersion des centres ruraux du XIXème siècle et l'implantation des usines urbaines déconcentrées des années 1930.